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Le scoutisme, une réponse au chômage des jeunes
Former l’initiative, la responsabilité et les compétences qui ouvrent les portes de l’emploi
Le scoutisme ne remplace pas une politique nationale de l’emploi. Mais il peut former, dès l’adolescence, les compétences pratiques et humaines que les employeurs recherchent.

Une enquête Afrobarometer publiée en 2025 livre un chiffre qui devrait alerter bien au-delà des cercles économiques : 42 % des Malgaches âgés de 18 à 35 ans se déclarent sans emploi et activement à la recherche d’un travail, contre une proportion nettement plus faible chez leurs aînés. Le paradoxe est frappant : cette génération est aussi la plus diplômée que le pays ait connue, avec 55 % ayant atteint le niveau secondaire ou post-secondaire. Être plus formé n’a jamais autant mal protégé contre le chômage.
Ce paradoxe a un nom : l’inadéquation entre la formation reçue et les compétences réellement recherchées par les employeurs. Les jeunes eux-mêmes citent le manque de formation adaptée, l’absence d’expérience pratique et l’inadéquation des qualifications. Un diplôme atteste des connaissances ; il n’atteste ni de l’expérience, ni du leadership, ni de la capacité à agir en situation réelle. C’est précisément ce vide que le scoutisme peut contribuer à combler.
Compétences transversales
Ce que le marché du travail cherche, le scoutisme le forme depuis toujours
Un employeur ne recrute pas seulement une compétence technique. Il recrute quelqu’un capable de prendre une initiative sans attendre d’instruction, de travailler en équipe sous pression, de tenir un engagement et de résoudre un problème avec les moyens du bord. Ce sont exactement les compétences que la pédagogie scoute développe, méthode par méthode.
La vie en patrouille enseigne le travail d’équipe et la responsabilité partagée. Le système de badges et de progression récompense l’initiative et la maîtrise concrète d’un savoir-faire. Le camp met chaque jeune en situation réelle de gestion, d’organisation et de décision, bien avant qu’un employeur ne lui en donne l’occasion. Ce n’est pas une expérience abstraite : c’est une expérience de terrain, vécue et mesurable dès l’adolescence.
Un maillage national
Un dispositif déjà prêt à s’aligner sur l’emploi
Le Kiadin’i Madagasikara vient d’achever son Plan de Formation National 2026-2029, qui structure cette pédagogie à l’échelle du pays : plus de 1 800 camps programmés sur trois ans, une méthodologie de progression par filières et une gouvernance rénovée pour en garantir la qualité. Ce n’est plus une addition d’initiatives locales, mais un maillage national capable de toucher des dizaines de milliers de jeunes, urbains et ruraux.
Ce dispositif peut aller plus loin que la formation du caractère et du civisme, qui reste sa mission première. Il peut devenir un véritable sas vers l’emploi, à condition de documenter, de connecter et de reconnaître les compétences acquises.
- Documenter les compétences de patrouille et de camp dans un langage que les employeurs comprennent : travail d’équipe, gestion de projet, responsabilité et résolution de problèmes.
- Connecter les filières de progression scoute aux secteurs qui recrutent à Madagascar : BTP, agriculture, tourisme, logistique et artisanat.
- S’associer aux dispositifs nationaux de formation professionnelle et de certification, afin que l’expérience scoute ouvre concrètement des portes.
Passer du diagnostic à l’action
Une jeunesse qui attend plus qu’un diagnostic
Le chômage des jeunes n’est pas qu’un chiffre économique. C’est, pour des centaines de milliers de jeunes Malgaches qui entrent chaque année sur le marché du travail, une expérience quotidienne de découragement. Face à cela, le scoutisme n’a pas la prétention de remplacer une politique nationale de l’emploi. Mais il a dès aujourd’hui ce que beaucoup de dispositifs n’ont pas encore : une méthode éprouvée pour former l’employabilité, un maillage présent sur le territoire et une génération prête à s’investir si on lui en donne les moyens.
Il est temps que cette ressource soit reconnue et mobilisée à la hauteur de ce qu’elle peut apporter au pays.
Donnée citée dans cet article : enquête Afrobarometer publiée en 2025. Les chiffres sont repris selon la formulation et la source indiquées par l’auteur.